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Ces dessins sont caractérisés par la noirceur, la violence, la déstructuration des modèles captés, la déflagration infligée à leur visage. Mais la rage destructrice se conjugue pourtant avec les entrelacs joyeux des lignes qui virevoltent sur le papier, expression du plaisir du geste qui dépose l'encre. Un mot me semble déterminant pour les décrire : affranchissement. Je m'affranchis de toutes les règles. Sans entrave, je me laisse aller à la liberté, avec comme corollaire une sensation de solitude absolue dans la réalisation. Je suis maître en mon royaume, mais un royaume vide d’âmes. S'agit-il d'errance, comme pourrait le laisser croire le cheminement apparemment erratique de l'instrument dispensateur d'encre sur le papier ? Non, il s'agit d'une fausse improvisation : je crois improviser mais l'esprit, l'inconscient, le réflexe artistique, je ne sais dire... disons l'esprit, tient le licou serré à la main qui trace. Il s'agit sans conteste d'une sur-présence du moi intérieur, qui envahit tout, violente les modèles ravalés au rang de mèche d'amorçage.

21 Oct

Exposer les dessins de Robert Holcman

Publié par Annie Claustres  - Catégories :  #Analyse d'Annie Claustres

Je suis maître de conférences, habilité à diriger des recherches en histoire et théorie de l’art contemporain des XXe-XXIe siècles à l’université Lumière Lyon 2. C’est dans le cadre de mes recherches (livres, articles, projet d’expositions) que je me suis intéressée à la création de Robert Holcman, et tout particulièrement à ses dessins. Ils viennent en effet rencontrer mes publications sur les relations entre art et résistance au temps de la seconde guerre mondiale, notamment mes essais sur Hans Hartung (éd. Presses du Réel, 2005), Pierre Soulages (Catalogue d’exposition, Centre Pompidou, 2009-2010), Wols (catalogue d’exposition, Musée des Beaux-Arts de Dunkerque, 2012), et ma contribution au catalogue "Repartir à zéro. 1945-1949" (Musée des Beaux-Arts de Lyon, 2008-2009).

 

A l'aune de la Shoah, la question des possibles de la figuration est en effet essentielle pour nombre d'artistes, et interroger après-guerre la liberté nouvelle engendre de nouveaux processus créatifs dont ces œuvres témoignent avec force. Ils entrent également en résonance avec mes recherches relatives à la morgue de l’Hôpital Raymond Poincaré de Garches, là où Ettore Spaletti s'est vu proposer de créer une œuvre qui reconfigure les lieux où le corps mort est offert au dernier regard des proches ("La Salle des départs", inaugurée en 1996).

 

J'ai écrit à ce sujet un texte scientifique doté d’une dimension biographique, La morgue bleue (in Faire art comme on fait société, Presses du Réel, 2013). J'y évoque l’expérience de reconnaissance du cadavre de mon frère à l’Institut médico-légal de Paris. Seul son visage ayant subi une déflagration nous avait été présenté. Le choc émotionnel ressenti à cet instant a marqué de façon indélébile mon rapport à l'art. Cette focale visuelle vient rencontrer en elle la représentation de têtes tragiques dans l’histoire de l’art, ce dont je parle dans le texte publié ci-dessous intitulé "La déflagration du visage : des lignes incisives et mémorielles".

 

A cet égard, il me semble important que soit donnée aux dessins de Robert Holcman une juste visibilité afin qu’ils puissent rencontrer leur public à l'occasion d'une exposition, que je cherche actuellement à programmer. Ce souhait s'adosse à l'analyse historique et esthétique de ses dessins à laquelle j'ai procédé, et qu'on trouvera ci-après développée dans quatre textes, respectivement intitulés :

 

- une analyse du langage visuel ;

 

- une pratique pragmatique du dessin : des processus artistiques transgressifs ;

 

- la déflagration du visage : des lignes incisives et mémorielles ;

 

- pour une autre humanité, autant de lignes en liberté.

 

Ces analyses sont complétées par deux extraits de l'entretien que j'ai conduit avec Robert Holcman le 8 février 2016 :

 

- une légitimité d’artiste en question. Entretien avec Robert Holcman ;

 

- créer, le désarroi d'une quête. Entretien avec Robert Holcman.

Exposer les dessins de Robert Holcman
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À propos

Ces dessins sont caractérisés par la noirceur, la violence, la déstructuration des modèles captés, la déflagration infligée à leur visage. Mais la rage destructrice se conjugue pourtant avec les entrelacs joyeux des lignes qui virevoltent sur le papier, expression du plaisir du geste qui dépose l'encre. Un mot me semble déterminant pour les décrire : affranchissement. Je m'affranchis de toutes les règles. Sans entrave, je me laisse aller à la liberté, avec comme corollaire une sensation de solitude absolue dans la réalisation. Je suis maître en mon royaume, mais un royaume vide d’âmes. S'agit-il d'errance, comme pourrait le laisser croire le cheminement apparemment erratique de l'instrument dispensateur d'encre sur le papier ? Non, il s'agit d'une fausse improvisation : je crois improviser mais l'esprit, l'inconscient, le réflexe artistique, je ne sais dire... disons l'esprit, tient le licou serré à la main qui trace. Il s'agit sans conteste d'une sur-présence du moi intérieur, qui envahit tout, violente les modèles ravalés au rang de mèche d'amorçage.