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Ces dessins sont caractérisés par la noirceur, la violence, la déstructuration des modèles captés, la déflagration infligée à leur visage. Mais la rage destructrice se conjugue pourtant avec les entrelacs joyeux des lignes qui virevoltent sur le papier, expression du plaisir du geste qui dépose l'encre. Un mot me semble déterminant pour les décrire : affranchissement. Je m'affranchis de toutes les règles. Sans entrave, je me laisse aller à la liberté, avec comme corollaire une sensation de solitude absolue dans la réalisation. Je suis maître en mon royaume, mais un royaume vide d’âmes. S'agit-il d'errance, comme pourrait le laisser croire le cheminement apparemment erratique de l'instrument dispensateur d'encre sur le papier ? Non, il s'agit d'une fausse improvisation : je crois improviser mais l'esprit, l'inconscient, le réflexe artistique, je ne sais dire... disons l'esprit, tient le licou serré à la main qui trace. Il s'agit sans conteste d'une sur-présence du moi intérieur, qui envahit tout, violente les modèles ravalés au rang de mèche d'amorçage.

03 Oct

Pour une autre humanité, autant de lignes en liberté

Publié par Annie Claustyres  - Catégories :  #Analyse d'Annie Claustres

Robert Holcman se souvient de cette phrase de Paul Cézanne, qu’il pourrait faire sienne : « Celui qui n'a pas le goût de l'absolu se contente d'une médiocrité tranquille » (entretien entre l'auteur et Robert Holcman, 8 février 2016). L’art vaut indéniablement pour lui comme quête d’absolu, cette part humaine qui ne se laisse pas éprouver dans le réel de nos existences, ou si peu, bien trop rarement, même pour celui qui vit en marge des normes et du formatage sociétaux.

 

Créer, c’est aussi se confronter à ce désarroi d’une quête vouée à ne s’accomplir dans la vie que dans un instant infiniment bref, dans un fragment d’existence infinitésimal. Chacun de ses dessins apparait ainsi comme une lutte, un combat, violent et sans aucun compromis, avec une humanité banale, désabusée, cynique, insupportable, arrogante, insignifiante, complaisante, destructrice, pour tenter de parvenir à lui octroyer un surcroit de présence empreint d’une beauté hiératique et prégnante qui retient de plaisir notre regard. Chaque ligne est tout à la fois incisive, tranchante, meurtrière, et magnifique en ses courbes démultipliées, parfaitement déliées, ondulantes, sensuelles, affriolantes de liberté.

 

Certes, il s’agit d’une création radicale, sans compromis, tranchante, violente, intransigeante, qui oblige le spectateur à faire face sans détour aucun à une noirceur accablante et terrifiante, mais cette déflagration est indispensable pour ensuite laisser advenir, précisément, cette quête d’absolu qui vaut pour espace de résistance à une humanité qui ne cesse de s’anéantir elle-même, en toute ignominie, des temps immémoriaux jusqu’à nos jours les plus actuels.

 

Le spectateur de ces œuvres ne pourra que se souvenir de ces évènements les plus tragiques de l’histoire, de ces massacres incessants voués à anéantir l’humanité, et dont les images de visages dénaturés, comme autant de mort-vivants, peuvent nous hanter longtemps. Il n’est pas un drame historiographique à mentionner ici en priorité, car cette création vaut pour emblème de tous ces drames où la face humaine est décapitée en puissance, en essence.

 

Robert Holcman évoque également certains écrits de Carlos Castaneda, et tout particulièrement son livre Le voyage à Ixtlan. On peut y lire cette phrase, qu’il aurait très probablement pu citer : « L'art du guerrier consiste à équilibrer la terreur d'être un homme avec la merveille d'être un homme. » Chacune de ses dessins vaut pour appel pressant et intransigeant à une autre humanité, une humanité défigurée, en effet, car en perte de ses hontes anciennes et si présentes, en perte de repères ordinaires et indignes, afin de lui restituer une énergie pulsionnelle, débridée, vitale, libérée de toute entrave, pour favoriser la reconquête de sa ferveur au digne combat du vivre.

 

Ces dessins sont de vibrants appels à la pleine liberté du vivre dont les contours du visage restent inlassablement à dessiner.

Pour une autre humanité, autant de lignes en liberté
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À propos

Ces dessins sont caractérisés par la noirceur, la violence, la déstructuration des modèles captés, la déflagration infligée à leur visage. Mais la rage destructrice se conjugue pourtant avec les entrelacs joyeux des lignes qui virevoltent sur le papier, expression du plaisir du geste qui dépose l'encre. Un mot me semble déterminant pour les décrire : affranchissement. Je m'affranchis de toutes les règles. Sans entrave, je me laisse aller à la liberté, avec comme corollaire une sensation de solitude absolue dans la réalisation. Je suis maître en mon royaume, mais un royaume vide d’âmes. S'agit-il d'errance, comme pourrait le laisser croire le cheminement apparemment erratique de l'instrument dispensateur d'encre sur le papier ? Non, il s'agit d'une fausse improvisation : je crois improviser mais l'esprit, l'inconscient, le réflexe artistique, je ne sais dire... disons l'esprit, tient le licou serré à la main qui trace. Il s'agit sans conteste d'une sur-présence du moi intérieur, qui envahit tout, violente les modèles ravalés au rang de mèche d'amorçage.