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Ces dessins sont caractérisés par la noirceur, la violence, la déstructuration des modèles captés, la déflagration infligée à leur visage. Mais la rage destructrice se conjugue pourtant avec les entrelacs joyeux des lignes qui virevoltent sur le papier, expression du plaisir du geste qui dépose l'encre. Un mot me semble déterminant pour les décrire : affranchissement. Je m'affranchis de toutes les règles. Sans entrave, je me laisse aller à la liberté, avec comme corollaire une sensation de solitude absolue dans la réalisation. Je suis maître en mon royaume, mais un royaume vide d’âmes. S'agit-il d'errance, comme pourrait le laisser croire le cheminement apparemment erratique de l'instrument dispensateur d'encre sur le papier ? Non, il s'agit d'une fausse improvisation : je crois improviser mais l'esprit, l'inconscient, le réflexe artistique, je ne sais dire... disons l'esprit, tient le licou serré à la main qui trace. Il s'agit sans conteste d'une sur-présence du moi intérieur, qui envahit tout, violente les modèles ravalés au rang de mèche d'amorçage.

06 Oct

Une analyse du langage visuel

Publié par Annie Claustres  - Catégories :  #Analyse d'Annie Claustres

Une ligne fine, précise et tendue, structure l’architecture d’un visage que l’on soupçonne être celui d’un homme. Il regarde à gauche, mais en vérité il n’a pas de regard. La ligne n’est pas ici fonctionnelle, elle n’a pas pour finalité de représenter, mais de dresser une assise sommaire qui se voit malmenée, brouillée, anéantie par autant de lignes autonomes et démultipliées. Des hachures meurtrissent la joue droite, et brutalisent le front qui disparait sous une multitude de zébrures allant même jusqu’à atteindre le regard qui se noie dans plusieurs taches d’encre à l’abandon, en errance, comme autant de trouées dans la chair. Le contour du visage, tout comme celui de l’oreille, est déstructuré, sans existence palpable. Seule persiste une ligne infinie, délicate de par le délié parfait de ses courbes plurielles, qui court de bas en haut, de haut en bas, enserre tout le visage, pour mieux le défigurer, puis se déroule encore jusqu’à quitter l’assise du visage, afin d’affirmer sa pleine autonomie en puissance, alors que le regard du spectateur peine à suivre cette ligne toute en circonvolutions tant sa course folle et rapide défie la maîtrise de qui tient l’instrument accomplissant ce dessin improbable.

 

Le fond est blanc, mais il est maculé de part en part, de plages noires peu denses en surface, et comme réalisées par accident. L’encre brille avec insistance en lieu et place des yeux, mais aussi, ici et là, comme autant de courbes plus acérées, alors que sa matité enfonce l’architecture du visage dans la planéité du papier. La ligne est couleur. Elle est couleur noire. Ici, une ligne fort épaisse, de près un centimètre, s’affirme d’emblée en majesté et fige définitivement le visage, qui devrait être celui d’une femme, de sa tension implacable.

 

Ce sont autant de barreaux qui emprisonnent les traits de la face et les anéantissent de toute autre expression à venir. Le visage est brutalement saisi comme lacéré par la puissance du dessin. La tête figée d’effroi, est d’un blanc pale et sale, ce qui la fait d’autant jaillir du néant de la surface, ici noire, d’un noir mat, alors que des lignes d’une insolente liberté virevoltent, passent et repassent, sur la face meurtrie dont le regard ne vaut que par deux taches noires et denses, que le spectateur reçoit comme deux balles en plein cœur.

 

De ces barreaux opaques, de ces lignes belles en leur pleine liberté, se laissent percevoir une brillance, qui semble illuminer le visage, telle une irradiation tragique.

Une analyse du langage visuel
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À propos

Ces dessins sont caractérisés par la noirceur, la violence, la déstructuration des modèles captés, la déflagration infligée à leur visage. Mais la rage destructrice se conjugue pourtant avec les entrelacs joyeux des lignes qui virevoltent sur le papier, expression du plaisir du geste qui dépose l'encre. Un mot me semble déterminant pour les décrire : affranchissement. Je m'affranchis de toutes les règles. Sans entrave, je me laisse aller à la liberté, avec comme corollaire une sensation de solitude absolue dans la réalisation. Je suis maître en mon royaume, mais un royaume vide d’âmes. S'agit-il d'errance, comme pourrait le laisser croire le cheminement apparemment erratique de l'instrument dispensateur d'encre sur le papier ? Non, il s'agit d'une fausse improvisation : je crois improviser mais l'esprit, l'inconscient, le réflexe artistique, je ne sais dire... disons l'esprit, tient le licou serré à la main qui trace. Il s'agit sans conteste d'une sur-présence du moi intérieur, qui envahit tout, violente les modèles ravalés au rang de mèche d'amorçage.